Bordeaux, le 11 juin 2013
M. le Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll
Monsieur Le Ministre,
Dans le communiqué de presse du 3/06/2013 concernant les organisations interprofessionnelles vous déclarez :
« l’action collective conduite par les organisations interprofessionnelles est, en effet, indispensable à la compétitivité et au développement durable des filières agricoles ».

A quelle action collective Monsieur Le Ministre faites vous allusion ?
Sauf exception, les interprofessions sont dirigées par les négociants ou transformateurs industriels de chaque filière. L’action « collective » y est dirigée dans le sens de leurs intérêts exclusifs et l’agriculture qualitative, de terroir y est toujours sacrifiée au nom d’une pseudo compétitivité de la filière sur des marchés souvent lointains. Cette compétitivité est construite sur le sous paiement des denrées agricoles, la dégradation de leur qualité et de l’environnement. Cette politique mène à la délocalisation des productions : la malbouffe s’approvisionne ailleurs, mais s’élabore sous pavillon français, parée de l‘image qualitative élaborée par des générations de paysans français. L’action « collective » des interprofessions, financée par les CVO (cotisations volontaires obligatoires !!!) des paysans, aboutit à leur élimination.

Le Code Rural définit le rôle des interprofessions. Elles doivent notamment « Œuvrer en faveur de la qualité des produits », « prévenir et à gérer les risques et aléas liés à la production, à la transformation, à la commercialisation et à la distribution des produits agricoles et alimentaires, notamment les aléas et risques sanitaires, phytosanitaires et environnementaux ».
Qu’ont fait les interprofessions pour garantir aux français une alimentation de qualité ? A la lumière de l’affaire Spanghero-Lur Berri et d’autres, on constate leur faillite en ce domaine. Elles ont fait mine de ne rien savoir de pratiques forts courantes et fort contestables. Payer des CVO pour financer l’omerta, belle action collective !
L’interprofession viticole bordelaise, sous la coupe du négoce et où les viticulteurs sont actuellement représentés par un négociant, a déjà bien engagé ce processus que vous saluez Monsieur Le Ministre.
Le plan « Bordeaux demain» prévoyait l’élimination de 2200 viticulteurs, d’ici 2020, jugés non performants selon les critères établis sous sa gouverne et dont son bras armé, Quali Bordeaux assure le contrôle. Déjà pour l’année 2011 d’après les chiffres donnés par le CIVB, 300 viticulteurs-récoltants ont disparu. Les vignerons se sont laissés peu à peu déposséder des appellations d’origine qu’ils ont construites. Bordeaux n’est plus qu’une marque dont le CIVB serait le dépositaire et qu’il utilise au profit de ceux, négociants ou dirigeant de coopératives qui en contrôlent la commercialisation et poussent à la standardisation des méthodes et des goûts.
L’Etat et vous Monsieur Le Ministre, poussez à l’unification des filières sous l’égide d’une interprofession unique à laquelle vous donnez le droit de lever une cotisation obligatoire sur des paysans qui lui sont livrés pieds et poings liés, sans contrôle. Votre ministère refuse même de nous communiquer des documents administratifs publics sur les comptes du CIVB. Ce groupe qui parle au nom des producteurs mène une politique contraire à leurs intérêts et sacrifie l’avenir de ceux-ci. A Bordeaux, cette seule cotisation représente jusqu’à 5% du chiffre d’affaire des vignerons !

La décision de la Cour de justice européenne, que vous saluez, va encourager les interprofessions adoubées par vos services, à imaginer de nouvelles pompes à finances aux dépens des agriculteurs. Vous avez sans doute trouvé là un moyen bien commode de diminuer le budget de l’agriculture. Bravo !
Mais par là, vous privatisez la question de l’alimentation là où on aurait pu espérer une volonté politique forte. Votre ministère est-il chargé de l’alimentation des français ou bien d’assurer les profits de l’industrie agro-alimentaire ?.

Rien n’a donc changé par rapport au mandat de votre prédécesseur Bruno Le Maire. C’est la même politique basée sur la même analyse et avec les mêmes groupes. Depuis un an, vous continuez à dire que tout est ouvert, « tout est sur la table », alors qu’en fait, la même politique est toujours concrètement à l’œuvre.
Un froncement de sourcil de Xavier Beulin suffit à faire reporter la « loi d’avenir » !

Devant les urnes, nous saurons nous en souvenir et éclairer l’opinion publique sur les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation.

Recevez Monsieur Le Ministre nos salutations.

Claire LAVAL
Porte Parole de la Confédération Paysanne de Gironde
Marie-Claude LEROY
Secrétaire générale de la Confédération Paysanne de Gironde